vendredi 14 mai 2010

Nouveau texte pour le projet avec Ood Serrière :)

Porter un slim et mourir.



S’il doit y avoir une photo sur ma tombe, je veux qu’elle soit prise aujourd’hui.
Afin que soit dit au monde, au cas où je n’aurais pas eu le temps de m’en entretenir directement avec lui, que je portais très bien le look Kate Moss, et que j’avais amélioré son concept en y apportant de la poitrine (oh trahison).
Je ne sais pas s’il est possible de choisir sa place dans un cimetière, mais j’ai désormais les moyens de soudoyer le fossoyeur, et je n’ai pas de temps à perdre.
Chaque jour qui passe est la menace renouvelée que je me fasse renverser par un bus, et que mes parents choisissent le pire cliché de moi pour terminer le travail.
Ils hésiteront probablement entre « Edwige et son double menton, Noël 2008 » et « Edwige dans son pyjama trop grand, quoique confortable, pâques 2003 ». Je serai alors morte pour rien, et resterai à jamais maintenue dans un mauvais jour perpétuel. Je crois que ce sont les photos mises sur notre tombe qui déterminent notre destination finale.
C’est bien la peine de faire des enfants, si c’est pour les envoyer en enfer avec un pyjama épais.
Moi, je propose un slim bleu-crème usé, un marcel noir sans forme, long, large et décolleté, des talons aiguilles, et des lunettes de soleil larges.
Éventuellement un peu de coke. Il parait que ça anesthésie, quand on se fait renverser par un bus.
Peut-être alors qu’un jour, le prince charmant passera devant ma tombe et se dira « Oh non… Je t’ai cherchée toute ma vie… Mais je t’ai rencontrée trop tard… Que vais-je faire maintenant ? ».
Et ce sera bien fait pour lui.

vendredi 7 mai 2010



Tara


Attestant de son amour pour les choses non conventionnelles, l’engouement de Târâ pour les casse-têtes était aussi le seul comportement qui la distinguait encore de son appartenance au clan des chats sauvages d’Asie du sud est, sans s’en constituer le déshonneur.
Il fallait être patient, pour venir à bout d’un Rubiks cube (et plus encore s’il s’agissait d’un modèle 4x4 livré sans notice).
Aussi Târâ y perdait-elle beaucoup du temps qui servait aux autres chats à se nourrir.
En Thaïlande, trente huit espèces de rongeurs se relayaient jour et nuit pour éveiller son instinct de prédation, et trouvaient très injurieux le peu d’intérêt qui se manifestait dans les grognements agacés du demi-félin concentré. Beauté maigrissante, Târâ offrait en pâture le triste tableau de l’intelligence assise, et l’on dut finalement retirer ses jouets au chat.
Mais il était trop tard, le joli corps, d’une trop longue immobilité s’était changé en pierre.
C’est ainsi que Târâ put connaitre, à titre posthume, son heure de gloire, quand elle se fut vendue une fortune à un amateur un peu candide, et très heureux de posséder enfin une statue authentique de Bastet dans son jardin.