lundi 28 septembre 2009

AMIS DE PASSAGE



_ Eh bien voyez vous, je n’étais pas certain d’arriver à pleurer, alors je me suis mis en larmes automatiques.
Une bonne vieille conjonctivite. Et vous même ?


_ (rires) Oh vous savez, moi…
Il suffit que j’entende une de ces phrases plaintives qui sonnent faux à mon oreille ou mon bon sens, et les larmes d’euphorie coulent d’elles même.
Dieu merci, les larmes de fou rire sont les mêmes que celles des mamas italiennes en deuil.


_ Je vous avoue que j’aimerais avoir cette facilité. D’ailleurs regardez. Si si, approchez. Vous voyez, je n’ai qu’un seul œil d’infecté, et l’autre reste désespérément sec. C’est affreusement gênant, je crains de n’être démasqué avant la fin de la journée.

_ Mais non, ne dites pas ça. Quoique vous avez raison, ça peut aller très vite. Moi c’est pendant la cérémonie que je me suis laissé aller à roupiller. Personne n’a rien vu, c’est un miracle.
Je n’ai aucune circonstance atténuante, si vous saviez….


_ Je ne demande que ça.

_ Eh bien moi je compte les grenouilles. Le mouton n’a rien d’un animal sauteur, vous savez.

_ C’est évident.

_ Et donc, en comptant des grenouilles, des puces ou des kangourous, tout à coup la scène paraît si vraisemblable que je m’endors instantanément.
Je suis très sensible à la cohérence.


_ Excusez moi de vous interrompre, mais qu’il s’agisse de moutons ou de lapins, jamais aucun d’entre eux ne sera traversé de l’idée saugrenue de sauter un jour en file indienne.
Cela dit sans vouloir vous gêner dans votre quête de vraisemblance.

_ Vous avez raison, je n’y avais pas pensé. Et puisque nous en sommes aux confidences,
autant que vous le sachiez, votre œil droit est sec lui aussi depuis un bon quart d’heure. Peut être est ce le moment de rentrer chez nous ?


_ Le temps de rassembler mes affaires, et je vous prends au mot. Auriez-vous vu mon sac et mon parapluie ? Pourquoi faut-il toujours qu’il pleuve lorsque l’on doit présenter des condoléances, c’est insupport… Oh mon dieu, les condoléances. J’allais également les oublier. Heureusement que vous êtes là.

_ Je ne vous ai pourtant rien rappelé.

_ Allons.

_ Je vous assure.

_ Puis-je vous demander votre prénom ?

_ Wesley. Et le votre ?

_ Jefferson. Je suis ravi d’avoir pu partager cette épreuve terrible avec vous, Wesley.

_ Vous m’avez également été d’un grand secours, Jefferson.

samedi 12 septembre 2009

RAT DES VILLES


Les chihuahuas se nourrissent de ce qui se trouve dans votre assiette.
Pas à cause de besoins nutritionnels particuliers, ni parce qu’ils le volent sur la table haute (soyons sérieux).
Ils se nourrissent de votre côte de vache et de vos pommes dauphines, parce que leur offrir autre chose serait les ramener au statut de chien, et que personne ne veut insulter son chihuahua de la sorte.
Bon, de temps en temps, j’avoue que j’essaie de donner au mien, Horace, de la pâtée César, la plus chère, et c’est vrai qu’il ne semble pas m’en vouloir sur le long terme, et la mange assez facilement. Mais je crois que c’est uniquement pour que tout se passe bien entre nous, et que l’accord tacite selon lequel il n’est pas tenu de manger des croquettes soit respecté. Ce sont de petites concessions, comme tous les couples en font.
Un jour j’ai vu un animal, approximativement un chihuahua (mais il ne faudrait pas que sa mère nous raconte n’importe quoi) essayer de capturer un rat.
Je ne veux pas épiloguer sur cet incident un peu embarrassant, mais il m’a semblé voir un bœuf convoitant un steak haché. Ou une tomate s’arroser de ketchup. Bref, c’est du cannibalisme et c’est dégoutant.
Moi vivante, Horace ne mangera jamais du lion. Je ne tiens vraiment pas à avoir Brigitte Bardot sur le dos.