jeudi 11 avril 2013

L'escargot magique



 
  
L’escargot magique 

 _ Il a été porté à ma connaissance que les policiers étaient des escargots magiques. Selon ma sœur, ce serait la seule explication au fait que nous ne croisions jamais au même moment  des escargots et des policiers au bord des routes. Qu’en pensez-vous, Claude ?

_ Mon bon Jean-Charles, vous débarquez. Tout le monde sait ça depuis déjà très longtemps.  Vous ne souhaitez quand même pas en tirer parti, si ?

_ Bien sûr que non, je serais bien incapable de l’envisager.

_ Parce que si vous l’envisagez, j’en suis.

_ Dans ce cas, nous devrions prendre votre Jaguar. La bijouterie d’Oncle Hugues se trouve à quelque huit cent kilomètres d’ici, et en cette période de l’année, j’aime à penser que les sièges chauffants trouveront leur utilité. De plus, je viens de faire remplir le bar.

_ Nous nous éloignons de toute circonstance atténuante, vous vous en rendez compte, Jean-Charles.

_ Oncle Hugues acceptait mes Petits-Lu quand il m’arrivait de lui en proposer. Je n’avais que neuf ans. Aucune rivière de diamants ne le rendra moins débiteur à mes yeux.

_ C’est recevable. Savez-vous si la pluie est supposée durer ?

_  Au moins la journée. Si nous tirons parti des performances de Titine, nous serons chez Hugues pour le thé. D’ici là, nous ne devrions croiser aucune force de l’ordre.

_ Et s’il y avait une éclaircie ?

_ Un escargot magique ne peut prendre forme humaine qu’après quelques heures de beau temps. Reprenez-vous, Claude, nous sommes en Vendée.

_ Nous nous rendons à Antibes.

_ Soit. Nous changeons de région, pas de saison. Cessez d’être pessimiste.

_ Tout de même, je ne suis pas sûr à présent de vouloir prendre le risque d’écraser un policier.

_ Les mollusques ne ressentent pas plus la douleur que les félins la culpabilité. Pourquoi croyez-vous que j’aie suggéré de prendre votre Jaguar ?

_ Je vous aime, Jean-Charles.

_ Moi aussi, Claude.