vendredi 9 août 2013

La Grande Mort




La Grande Mort

 
 

- Et si la mort valait la peine d’être vécue ?
-  Ça n’a pas de sens.
-  Parfois non. Regardez tante Sylvie,  étouffée dans son sommeil par un chat persan obèse. Tout le monde ne parlait que de ça, il paraît que le félin y est resté aussi, une véritable tragédie. Je me demande vraiment à quoi ressemble une mort par chat persan.
- Trouvez autre chose, Jeanne. Je détesterais devoir rire de votre mort.
- Je m’y emploie. Tenez, l’épectase !
- Les pets quoi ?
- L’épectase ! Mourir pendant l’orgasme ! Quelle heureuse façon de se démarquer, vous ne trouvez pas ?
- Essayez déjà d’en avoir un de votre vivant.
- Mais enfin, qu’est-ce qui vous fait dire… ?
- Ça se voit.
- Nous parlons de suicide, Chantal,  croyez bien que je que je ne vais pas confier le travail à n’importe qui. Les codes faisant autorité en la matière prévoient d’ailleurs  un ouvrage solitaire. Suggérez-vous que je ne sois pas capable de me donner toute seule un plaisir foudroyant ?
- Ah mais pas du tout, je doute seulement de la valeur rhétorique d’une telle démarche. Vous tenez à votre crédibilité, n’est-ce pas ?
- Beaucoup.
- Dans ce cas, expliquez-moi ce qu’il y aurait d’original à mourir pendant ce que tout le monde désigne déjà comme étant une petite mort ?
- Justement, je compte transcender l’idée et parvenir à une grande mort.
- Quel bénéfice pensez-vous en tirer ?
- Aucun, je serai morte.
- J’oubliais.
- Je vous vois sceptique, n’auriez-vous aucune ambition personnelle ? Que comptez-vous faire de votre mort ?
- Je ne projette pas de mourir.
- C’est comme ça qu’on finit étouffé par un chat persan.
- Je suis plutôt cynophile.
- Nous digressons, Chantal.
- Toujours est-il que je ne veux pas mourir !
- C’est ridicule, tout le monde doit mourir.
- Vous, peut-être, avec vos idées bizarres ! Non mais mourir pendant l’orgasme, et pourquoi pas en mangeant un pudding ?
- J’en connais qui se sont étranglés avec le vôtre.
- Ah ça, personne ne va venir s’étouffer avec votre abricot !
- Vous devriez mourir de honte, Chantal…
-  Je suis morte de rire, Jeanne.