samedi 8 août 2015

Le casse-tête




- Alors voilà. On m'a dit récemment qu'il fallait que je me vide un peu la tête. Savez-vous comment je dois m'y prendre ?

- J'imagine que vous plaisantez, tout le monde sait ça !

- Je voulais dire : sans faire un trou dedans.

- Oh...

- Eh.

- Alors là, ça change tout.

- Je ne vous le fais pas dire.

- Ce que vous me demandez est diablement technique, j'ai peur de devoir admettre mon incompétence. Que reprochez-vous à la méthode du trou dans la tête ? Je ne connais aucun patient qui soit revenu me voir après l'avoir appliquée. N'est-ce pas là la meilleure preuve de son efficacité ?

- Oh, vous savez docteur, je suis un peu pleutre... J'aime assez l'idée d'une solution réversible.

- Il faut savoir ce que vous voulez, mon ami ! Ce qui se trouve dans votre tête semble poser problème. Pourquoi voudriez-vous le remettre à sa place après l'avoir enlevé ?
Nous savons vous et moi que se vider la tête est une décision qui ne se prend pas sans raison. Quelle est la votre ?

- Ma tête est trop remplie.

- Ah.

- Et du coup, tout se mélange. Avez -vous remarqué que les plus belles couleurs ne forment plus qu'une masse noire si on les laisse se mélanger ? Eh bien voilà,  mon cerveau n'est plus qu'une grosse masse noire.

- Raison de plus ! Vous seriez le premier créateur d'un véritable trou noir à échelle humaine. Vraiment, considérez ce que ça a de gratifiant.

- J'envie votre esprit, docteur. Vous avez manifestement vous-même une tête bien remplie.

- Oui, enfin...

- Vous m'avez compris. "Bien remplie" dans le bon sens. Pas dans le sens "trop remplie" comme pour un verre bien rempli. Ou comme pour moi. Bref, vous m'avez compris.

- J'ai compris.

- Parfait. J'ai une autre réticence vis à vis de la méthode dite du "trou dans la tête". Voyez-vous, il est de notoriété publique qu'elle interdit l'accès au paradis.

- Ne soyez pas ridicule, vous n'êtes pas croyant !

- Ah oui, j'oubliais.

- Je constate qu'à défaut de trou dans la tête, vous avez déjà de solides trous de mémoire...

- Mais oui... Vous avez raison, c'est fantastique !

- C'est un début.

- Je vous dois beaucoup, docteur...

- 75 euros, précisément.

- Ah oui, quand même. Vous savez, je vous admire...

- Allons.

- Mais si, je vous admire ! Si je me débrouille comme vous, j'arriverai peut-être un jour à faire mon trou...

- C'est tout ce que je vous souhaite.