lundi 5 juillet 2010

Les femmes qui m'ont aimé.

Leur corps



Cathy, après avoir claqué la porte de l’enfance un peu tôt, poussa celle de mon appartement à l’heure précise où elle y était attendue.
La ponctualité est un facteur de plaisir qu’il me plait de compter parmi mes invités.
Parfaite, déjà pourpre dans cette robe de femme qui ne dupait personne, elle m’adressa un sourire mal assuré, que je tins immédiatement pour un retour de politesse. L’invitation rendue.
Conformément à l’annonce qui nous avait réunis ce soir là, je pris quelques clichés de son corps insignifiant, avec un certain talent qui ne serait utile à la carrière de personne, et proposai un verre de Saumur un peu frais.
Les préliminaires ont ceci de magique qu’ils ne déçoivent pas. Ils me fournissent toute information nécessaire, ou, de manière plus restrictive, un cumul d’indices émotionnels dont tirer parti au bon moment. Une fois le book chimérique achevé, Cathy voulut déboucher une seconde bouteille.
Je tirai de ma poche un opinel un peu usé et le dirigeai vers elle avec l’intention formulée de l’aider dans cette manœuvre, puis guettai l’effet perlocutoire.
Magnifique; jamais gibier si jeune ne pressentit si vite la menace du fusil. Se dégageant brusquement de son rôle, l’adolescente renversa le contenu de la bouteille sur le sol, flaque de sang un peu prématurée qui précipita les événements concordants.
Soumise, palpitante et chaude, Cathy devint bientôt venaison tiède, puis porcelaine froide, faisant enfin démonstration du formidable potentiel de son anatomie.
Car telle était sa vocation en entrant chez moi.