dimanche 29 novembre 2009

Sortie prévue en mars.... :)

Couleurs_Tolerables


Parce que quand même, il était temps.

jeudi 5 novembre 2009

Le cri blanc
Les poupées ne parlent pas.
Elles ont leurs raisons, et cette sorte d’intelligence de la beauté, elles savent qu’elles devront fabriquer leur bonheur autour de cet atout.
J’ai connu une poupée, nous jouions ensemble à des jeux d’une beauté rare, nos deux corps enlacés formaient je crois la plus belle des unions stériles.
C’est ainsi que cela doit être.
J’ai beaucoup espéré de notre silence. Il était notre plus précieux trésor.
Mais un jour elle a saisi ma tête entre ses mains, elle a planté ses yeux dans les miens, ses bras tremblaient, j’ai vu qu’elle ne lâcherait pas, pourtant elle tremblait, je crois qu’elle aurait pu broyer mon visage, son regard avait encore bien plus de forces que ses bras; les larmes comme les tremblements, je le comprenais maintenant, toute cette fragilité se cristallisait devant moi en une dureté inouïe, ses traits de poupée déformés par la souffrance, elle a hurlé, ses yeux lames me faisaient mal, elle a hurlé, je m’en souviens encore, elle a hurlé

- Si tu savais tout ce qui se passe dans ma tête -

J’ai eu mal de ne pas savoir, quand elle perdait tant de forces à me le communiquer
Poupée est morte, peu de temps après m’avoir tout donné en vain.
Depuis, je ne joue plus
Mon visage se ferme
J’attends ce jour où à mon tour, il me faudra crier
En aurai je la force, quelqu’un sera-t-il là
Depuis ce jour, j’attends
Ce jour où je crierai à blanc.

mercredi 4 novembre 2009

ECOUTONS LES VIEUX SAGES



Un jour, un vieux sage m’a dit (et il semblait avoir tout compris) :

« Il y a des gens qui sont faits pour le sport, et d’autres non »

Ce sage n’était pas seulement sage, tout le monde s’en fout aujourd’hui, des sages.
Il était surtout docteur, et le caractère divin de sa parole légitime n’avait pas vocation à être débattu. Ce type a amélioré ma qualité de vie comme personne. Il a réduit à leur forme élémentaire des années de lutte et d’élaboration de concepts compliqués visant à expliquer cet état de fait mal compris.
Dès lors je n’avais plus besoin d’os de verre, de malformation cardiaque ou de toutes ces choses que j’enviais à mes camarades pour être dispensée de sport.
Il me suffisait de dire cette phrase avec désintéressement pour honorer sa simplicité et accéder à ses effets :

« Je ne suis pas faite pour le sport ».

Et instantanément, toute velléité de me faire courir autour d’un stade devait se dissoudre dans les volutes d’une respectueuse approbation. Bon plan.
Car j’avais l’agrément d’un médecin (sage).
Mais je me suis vite rendu compte que les profs de sport appartenaient eux aussi à la famille des vieux sages. Plus exactement une catégorie déviante, beaucoup plus dangereuse, celle des vieux singes. Ceux à qui on ne la fait pas, qui ont le pouvoir de la notation, et la frustration du petit coefficient.
Ils savent que vous valez zéro et ne se privent pas de le dire, parce que c’est à peu près leur seul pouvoir face aux matières influentes, en plus d’une programmation déprimante, qui pousserait n’importe quel élève à la faute (le vendredi de 16h à 18h, zéro pour zéro, personnellement moi je sèche).
Il est hautement problématique qu’aucun d’eux ne se demande jamais si par hasard l’élève qui ne court pas et préfère discuter sur un banc pendant leur cours n’est pas bêtement un élève pas fait pour le sport.
Dans ma vie, j’ai croisé un vieux sage, deux vieux singes, mais pas seulement.
Il y a aussi eu Medhi, le jeune prof de sport fraichement moulu et un peu naïf qui me croyait tout le temps malade et s’inquiétait vachement pour moi (c’est mignon).
En plus, il me filait de sacrées notes pour les heures passées à discuter sur mon banc avec ma copine Emilie (elle n’a pas eu cette chance, la pauvre, elle avait un visage asymétrique), je ne me suis jamais senti autant reconnue dans mon statut d’élève pas faite pour le sport.
Je n’ai aucun doute malgré tout sur ce qu’il deviendra dans vingt ans, et me réjouis chaque jour de l’avoir croisé au bon moment.
Que dire également au sujet de madame M, ma prof de sport au collège, qui tombait trop souvent malade elle-même pour que nous ayions à nous préoccuper de nos propres dispenses?
Ses cours étaient fréquemment annulés dans l’urgence, quand il ne s’agissait pas d’un accident survenu pendant ceux qui étaient maintenus.
Quelqu’un de vraiment bien.
Chacun d’eux a eu son petit mot à dire sur mon bulletin, sur ma personne, comme quoi j’étais vraiment récalcitrante, ou que le ballon me faisait peur, ou qu’il était peut-être temps de consulter un cardiologue* (c’est mignon).
Je les ai tous bien aimés, et je parierais sur la réciproque.
Mais il n’existe qu’un seul événement réellement capable de me faire courir: un bus qui part sans moi.
Chaque fois, la peur au ventre, je brave le danger, imaginant que derrière moi, Mr G, Mr L, Mme M et Mehdi réunis me pointent du doigt et hurlent des propos qui n’ont pas de sens, comme « Alors comme ça on sait courir quand ya les soldes, hein ».
Peut-être pas Mehdi en fait, il était amoureux de moi.
Mais que serait ce jeune garçon touché par la grâce face à trois vieux fesse-mathieu**?
Serai-je un jour responsable de la perte du meilleur professeur de sport sur le marché ?
Non, je ne peux pas me le permettre.
Je promets aujourd’hui et devant le monde entier qu’aucun bus, plus jamais, ne me fera courir (le risque de perdre la légitimité de mon diagnostique).
Je suis, et je resterai pour toujours, une élève non faite pour le sport.
Quoi qu’il m’en coûte. Et croyez moi, le permis de conduire ça coûte très cher.






*Et je l’ai fait d’ailleurs ; c’était lui le vieux sage.
** Mon dieu, cette expression.

lundi 28 septembre 2009

AMIS DE PASSAGE



_ Eh bien voyez vous, je n’étais pas certain d’arriver à pleurer, alors je me suis mis en larmes automatiques.
Une bonne vieille conjonctivite. Et vous même ?


_ (rires) Oh vous savez, moi…
Il suffit que j’entende une de ces phrases plaintives qui sonnent faux à mon oreille ou mon bon sens, et les larmes d’euphorie coulent d’elles même.
Dieu merci, les larmes de fou rire sont les mêmes que celles des mamas italiennes en deuil.


_ Je vous avoue que j’aimerais avoir cette facilité. D’ailleurs regardez. Si si, approchez. Vous voyez, je n’ai qu’un seul œil d’infecté, et l’autre reste désespérément sec. C’est affreusement gênant, je crains de n’être démasqué avant la fin de la journée.

_ Mais non, ne dites pas ça. Quoique vous avez raison, ça peut aller très vite. Moi c’est pendant la cérémonie que je me suis laissé aller à roupiller. Personne n’a rien vu, c’est un miracle.
Je n’ai aucune circonstance atténuante, si vous saviez….


_ Je ne demande que ça.

_ Eh bien moi je compte les grenouilles. Le mouton n’a rien d’un animal sauteur, vous savez.

_ C’est évident.

_ Et donc, en comptant des grenouilles, des puces ou des kangourous, tout à coup la scène paraît si vraisemblable que je m’endors instantanément.
Je suis très sensible à la cohérence.


_ Excusez moi de vous interrompre, mais qu’il s’agisse de moutons ou de lapins, jamais aucun d’entre eux ne sera traversé de l’idée saugrenue de sauter un jour en file indienne.
Cela dit sans vouloir vous gêner dans votre quête de vraisemblance.

_ Vous avez raison, je n’y avais pas pensé. Et puisque nous en sommes aux confidences,
autant que vous le sachiez, votre œil droit est sec lui aussi depuis un bon quart d’heure. Peut être est ce le moment de rentrer chez nous ?


_ Le temps de rassembler mes affaires, et je vous prends au mot. Auriez-vous vu mon sac et mon parapluie ? Pourquoi faut-il toujours qu’il pleuve lorsque l’on doit présenter des condoléances, c’est insupport… Oh mon dieu, les condoléances. J’allais également les oublier. Heureusement que vous êtes là.

_ Je ne vous ai pourtant rien rappelé.

_ Allons.

_ Je vous assure.

_ Puis-je vous demander votre prénom ?

_ Wesley. Et le votre ?

_ Jefferson. Je suis ravi d’avoir pu partager cette épreuve terrible avec vous, Wesley.

_ Vous m’avez également été d’un grand secours, Jefferson.

samedi 12 septembre 2009

RAT DES VILLES


Les chihuahuas se nourrissent de ce qui se trouve dans votre assiette.
Pas à cause de besoins nutritionnels particuliers, ni parce qu’ils le volent sur la table haute (soyons sérieux).
Ils se nourrissent de votre côte de vache et de vos pommes dauphines, parce que leur offrir autre chose serait les ramener au statut de chien, et personne ne veut insulter son chihuahua de la sorte.
Bon, de temps en temps, j’avoue que j’essaie de donner au mien, Horace, de la pâtée César, la plus chère, et c’est vrai qu’il ne semble pas m’en vouloir sur le long terme, et la mange assez facilement. Mais je crois que c’est uniquement pour que tout se passe bien entre nous, et que l’accord tacite selon lequel il n’est pas tenu de manger des croquettes soit respecté. Ce sont de petites concessions, comme tous les couples en font.
Un jour j’ai vu un animal, approximativement un chihuahua (mais il ne faudrait pas que sa mère nous raconte n’importe quoi) essayer de capturer un rat.
Je ne veux pas épiloguer sur cet incident un peu embarrassant, mais il m’a semblé voir un bœuf convoitant un steak haché. Ou une tomate s’arroser de ketchup. Bref, c’est du cannibalisme et c’est dégoutant.
Moi vivante, Horace ne mangera jamais du lion. Je ne tiens vraiment pas à avoir Brigitte Bardot sur le dos.

dimanche 23 août 2009

MADAME GONTRAN
La plupart des gens ignorent combien il est hautement jouissif d’associer l’acte de mastiquer, de manger ou encore de boire autre chose que de l’eau à celui de ne rien faire de vraiment traumatisant intellectuellement, voire de ne rien faire tout court. Peut être évidemment ont-ils à cœur d’enfourner sans en avoir l’air un petit chocolat ennuyeux de temps en temps devant la météo de Catherine Laborde, mais sans réelle ambition de débauche, juste en dilettantes modérés et courtois envers eux même ; et parce qu’il faut bien se consoler de la pluie annoncée.
Mon chocolat à moi serait peut-être ennuyeux mais en tout cas suivi de ses 29 autres camarades ennuyeux, de sorte que ma frénésie alimentaire ne soit pas uniquement satisfaite le temps de connaître la température du lendemain, cette dernière information m’étant de toute façon inutile (je regarde la météo uniquement pour me moquer des tenues dont on affuble Catherine Laborde et élaborer à ce sujet quelques théories probables de conspiration, que n’importe qui serait en droit d’espérer pour justifier un mauvais goût aussi insigne).
Personnellement je trouve le chocolat/météo d’une banalité coupable, et je suis ordinairement beaucoup plus disposée à descendre une pâte feuilletée crue devant le journal de Harry Roselmack.
Et bien entendu pas pour railler, cette fois.
J’ai déjà entendu une fille de mon age proclamer haut et fort « Ouais Harry il est pas trop mal, ch’trouve, mais ça s’rait quand même vachment mieux sans la bosse qu’il a sur la tête, quoi. »
Mais elle était bien sur de mauvaise foi, et je ne serais pas surprise qu’elle ait un poster à son effigie dans sa chambre, au dessus du lit sur lequel il serait étonnant qu’elle pense à PPDA lorsqu’elle se masturbe.

Quoi qu’il en soit, ce mardi 13 janvier, à 17h00 très précises, vêtue d’une charmante veste couleur paprika parfaitement assortie à mes cheveux oranges (se dit « auburn » chez les filles qui le portent bien), je décidai, suivant le principe décrit plus haut d’éprouver la joie double de mâcher un chewing-gum saveur melon/fruits rouges, garanti avec sucre et de rentrer chez moi, les bras chargés de vêtements soldés que je ne mettrais sans doute jamais, à cause de ma théorie du chocolat de groupe.
Réduite à l’état de mésozoaire par trois heures passées en cabines d’essayage à entendre pester mes congénères contre des pantalons trop petits (et non pas contre des cuisses trop épaisses, naturellement) j’entrevis avec bonheur la perspective de regagner mes pénates, trop meublées pour que l’on puisse réellement parler de grotte mais c’était l’idée.
Le parfum fruité de ma gomme n’était plus aussi résolu; il s’apprêtait à rendre l’âme tranquillement, suivant ses promesses de produit bas de gamme (très cher au demeurant) lorsque tout à coup, et dieu sait s’il n’est pas trop occupé à ne pas exister que je m’en serais passée, la porte du magasin s’ouvrit sur Mme Gontran, Femme ayant appartenu et sévi à une période obscure de ma vie en sa qualité de professeur d’une matière que je m'alloue le droit aujourd’hui de nier avoir étudiée.
Une fois, elle s’était mis en tête de faire apprendre par cœur à ma classe les huit étapes par lesquelles se doit de passer un lavage des mains pour prétendre à cette AOC. Je ne vous les épargnerai pas, je tiens absolument à ce que vous puissiez compatir :



PROTOCOLE DU LAVAGE DES MAINS




1_ Ouvrir le robinet (tiens donc)
2_ Mouiller ses mains
3_ presser le distributeur de savon
4_ Faire mousser puis savonner ses mains avec attention
5_ Rincer
6_ Refermer le robinet
7_ S’essuyer les mains à l’aide d’une lingette jetable
8_ Jeter la lingette après s’en être servi pour ouvrir la poubelle.




Aussi m’accordai-je le droit de ne pas vouloir croiser Mme Gontran.
Vous noterez que l’étape numéro 8 peut se révéler très dangereuse, suivant que l’on possède ou non de bons réflexes.
Parce que ouvrir le couvercle, ok, mais l’étape numéro 9 « vous aurez pris garde à ne pas coincer vos doigts lorsque le couvercle retombera lourdement de lui-même », moi je ne la vois nulle part.
Ou alors, si on veut vraiment aller jusqu’au bout des choses, autant avoir une poubelle avec ouverture au pied.
Du coup, on supprime l’étape numéro 8, on rajoute celle-ci en tant que recommandation de début de liste et le compte est bon, hourra, on a toujours huit étapes.
Mais en tout cas on reste cohérent, merde.
Soit dit en passant, mon père aurait répliqué qu’il manque au moins deux étapes intermédiaires à cette liste si l’on tient à faire des économies d’eaux, mais ceci est une autre histoire et n’a pas sa place ici.

Enfin bref. L’entreprise d'éviction s’annonçait rude.
Compter sur ce benêt de mur bleu pour camoufler ma personne orangeâtre procédait de l’utopie; contraste des complémentaires oblige : j’étais faite.
Je tentais néanmoins désespérément d’occuper toutes les particules de l’arrière plan disponible lorsque je distinguai tout à coup très nettement que Mme Gontran se tournait vers moi pour m’adresser un sourire que je ne lui avais jamais vu et qui n’était de toute façon en aucun cas conforme à mes souhaits de rentrer chez moi.
Elle avait envie de parler, ça crevait les yeux. Moi pas, mais ma discrétion polie me perdra un jour: je souris aussi. Bêtement, d’ailleurs mais peu importait puisque je venais de me sacrifier sur l’autel des convenances sociales, en bon Saint Bernard qui n’a pour autant rien demandé à personne.

Sourire, bêtement ou pas, c’est ouvrir sa porte et désigner son divan.
C’est une chose sotte, qui engage très logiquement à entrer, s’asseoir, et, pire que tout, à s’épancher.
Chez Mme Gontran, l’œil torve et la démarche laborieuse, parfaitement décelables depuis mon point de vue misanthropique réduisaient de beaucoup ses chances de faire exception à la règle.
Je pris donc le parti de me résigner, bêtement, là encore, au lieu de prétexter un rendez vous urgent chez mon magicien martiniquais ou mon boulanger - pâtissier, ce que tout individu doué de sens pratique aurait fait dans la seconde.

Pour être tout à fait sincère, les premiers instants de l’entretien furent prometteurs. Il y était surtout question de satisfaire la curiosité légitime d’un ancien professeur sur ce que je devenais « depuis ». Rien de trop insurmontable, je m’imaginais très bien en avoir fini 5 minutes plus tard, 10 si je m’imposai d’être tout à fait honnête dans mon récit mais il se faisait tard et j’avais faim.
Le thème délicat du chômage venait à peine d’être abordé que je décidai aussi sec de le saborder et jetai un coup d’œil grossier à ma montre, en prenant soin de bailler et d’évoquer le feuilleton événement à ne pas louper sur TF1 vers 18h, soit à peu prés une demi heure après le succès escompté de la manœuvre, ce dernier point étant d’une véracité que je m’étonnais moi-même de porter à la connaissance d’autrui, y compris dans ce cadre de repli stratégique.
Je ne doutai pas de la violence de l’information ni de ses chances de réussite à court terme mais Mme Gontran, imperméable au propos, profita tout à la fois d’une interruption étourdie dans ma phrase et du sentiment rassurant d’avoir rempli le devoir préliminaire de s’enquérir de ma vie, pour _la peste soit des mauvais présages qui se réalisent_ geindre à propos de la sienne et lancer négligemment qu’elle avait été licenciée.
Je failli m’étouffer devant l’effronterie de cette confidence indésirable.
Pourtant, je n’étais coupable de rien du tout qui aurait pu l’encourager dans ce sens. Dans mon souci de rusticité, je ne me rappelle même pas avoir ridiculement demandé si ça allait.
Et quand bien même. Il paraissait évident que mme Gontran était de ces personnes rétives qui ignorent le principe de la réponse unique, du oui universel que l’on se doit de prononcer par réflexe et bienséance devant une question de toute façon presque toujours hypocrite et en tout cas chaque fois indifférente pour ne pas dire hostile aux réponses négatives éventuelles, à plus forte raison lorsque, comme moi, on ne prend même pas la peine de la poser. Ou alors agissait elle hypocritement elle aussi et seulement dans le but mesquin de me prendre de mon temps, mais ses lacunes en matière d’anticipation ou d’élaboration intellectuelle, machiavéliques en l’occurrence (dans lesquelles elle s’était d’ailleurs beaucoup illustrée auparavant en commettant devant moi des erreurs de langage sinistrement involontaires mais qui confinaient au superbe) ne se prêtaient pas à ce type de soupçons.
Madame Gontran, telle que je m’en souvenais, était d’une façon générale beaucoup plus redoutable en punissant à coup d’heures de colle que de mots d’esprit et je ne pouvais raisonnablement pas lui en tenir rigueur même si, effectivement, je n’aimais pas être la cible des heures en question; et il n’y avait rien de très étonnant dans le fait que je l’aie souvent été puisqu’à cette époque ma créativité littéraire menait grand train pendant ses cours et grâce, notamment, à l’ennui opportun qu’ils exhibaient sous mon nez avec indécence. En outre, de tous les êtres humains, madame Gontran et moi-même étions certainement les plus désignés pour respectivement commettre une crasse d’obscurantisme et la subir.
Je décidai malgré tout, l’eau ayant coulé sous les ponts, de lui prêter une oreille attentive, mes parents m’ayant bien éduquée ou en tout cas dans ce sens, tout en émettant à mon intention et par l’autre oreille une juste réserve quant à mon désir véritable de l’aider.

Elle appartenait à cette sorte de femmes que l’on ragaillardit à coup sur par un bon compliment d’ordre esthétique, et c’est exactement ce que je m’apprêtais à faire jusqu’à ce que la vue de son double menton ne m’ôte toute velléité d’une fabulation réussie. De plus, il eût été indubitablement déplacé, quoique férocement tentant, de remanier l’éloge requis en proportion de la réalité.
Et je lui aurais bien tapé sur l’épaule mais fallait pas pousser.
Je ne sais plus très bien comment j’ai pris mes cliques et mes claques ni dans quelle mesure j’ai pu faire preuve de crédibilité lorsque, seule chose dont je me souvienne avec exactitude, je proclamai avec verve et le luxe condescendant d’une sérieuse commisération à peine feinte qu’elle n’avait à mon avis aucun souci à se faire mais en tout cas je me retrouvai quelques minutes plus tard assise dans un bus avec la désagréable sensation d’avoir vu un monument tomber.

C’était peut être très exagéré d’assimiler Mme Gontran, effroi de mon enfance d’il y a deux ans, à une sorte de tour Eiffel et puis d’ailleurs je ne me rappelle pas avoir admiré ni l’une ni l’autre dans ma vie mais je n’aime pas m’entendre conter ou assister à la chute des choses étant reconnues comme fortes ou imposantes.
C’est irritant, inutile.
Tandis que le bus progressait, je tentai d’enlever à la nature environnante un peu de ses gracieux atouts pour les porter à mes regards et retrouver l’insouciance perdue, incarnée quelques heures plus tôt par une malheureuse friandise désormais insipide.
Sans succès.
Arrivée à destination, je fis couler un bain, réessayai mes achats, constatai avec amertume que mon pantalon de lin noir était manifestement trop étroit et m’envolai vers d’autres horizons, en d’autres termes sur le canapé, devant la télé que j’allumai dans l’urgence d’une très pénible certitude, celle d’avoir au moins loupé les 5 premières minutes de mon feuilleton, retard orthodoxe spécifique à la chaîne pris en compte.
J’étais sur le point de m’affaler avec tragique et sans souci particulier d’élégance lorsque se rappela à ma mémoire mon compagnon de route agonisant entre mes dents.
De toute évidence, il ne connaîtrait pas l’assassin d’Isabella Graham (...) Parker Jones Williams.
Je me relevai gravement pour prendre alors la tardive mais non moins nécessaire décision de le jeter et accompagnai ce geste de la pensée déplaisante parce qu’obscène en cette fin de journée ensoleillée que tout compte fait, Mme Gontran n’était peut-être pas qu’un monstre.



Jactance 2006

Eikichi

Parce que c'est pas faux du tout, et qu'on y lit des trucs super cool à mon sujet, je vous invite à lire cet article tiré du blog d'un ami.
(Vous pouvez aussi lire les autres articles, même si on y parle pas de moi, ils sont très chouettes)

http://vinh.guyait.free.fr/dotclear/index.php?2009/08/03/47-droit-de-reponse