dimanche 6 juin 2010

Citadine, Up !

Gourmandise arrogante



Je trouve très peu fondée l’assertion selon laquelle la vie serait une boite de chocolat (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »).
Forrest Gump est un film très bien, mais tout mon amour ne suffira pas à cautionner cette phrase stupide.
Si tous les imbéciles que j’ai croisés, et aimés, avaient eu écrit sur leur dos « Sombre crétin infidèle tout dur sous son enrobage d’intelligence feinte et d’éclats de beauté, je n’en serais pas là. Je pourrais même me glorifier de ma propre étiquette, que j’imagine ainsi rédigée : Accorte demoiselle tout en discrétion, accompagnée de son cœur de lionne, et de ses morceaux de foucade.
L’intégrité de mon étiquette ne serait pas sujette à caution.
Une boite de chocolat ne ment jamais, et dans ce sens, il est difficile d’imaginer qu’elle puisse décevoir.
Exhortons les gens à ne pas gober tout ce qu’on leur dit dans les films, sous prétexte que ça sonne bien, que ça fait pleurer, et que c’est Tom Hanks qui le dit.
Au pire, si vous vous trompez de chocolat, vous pouvez le recracher, et ne plus jamais évoquer l’incident auprès de vos amis témoins, emportant avec vous la honte pour seul désagrément punitif. Aucun cas de chocolat récalcitrant, refusant de sortir de la bouche ou composant votre numéro de téléphone à deux heures du matin n’a jamais été répertorié.
C’est pourquoi je défends fermement l’intégrité des boites de chocolats. Une seule fois, je me suis fourvoyée avec une boite pas très franche, aux déclarations un peu énigmatiques et enlevées, qui tournaient je crois autour du principe racoleur que voici : « Chocolats assortis ».
Et je l'ai dévorée en cachette, pour que personne n’assiste à ce spectacle dégradant.
La vie n’est pas une boite de chocolat.
Tout au plus est-elle un pot de confiture maison, avec un taux de sucre pas très bien défini, et dans lequel on peut trouver des fourmis, si par chance le fruit est clair.
J’ai l’audace actuellement d’être assez amoureuse pour en prendre le risque.
Je vous tiens au courant.

vendredi 4 juin 2010


Les couleurs du papillon.




Adrien baigna le papillon dans un pot de peinture orange vif, qui avait concouru quelques heures plus tôt à rendre son cadeau de fête des mères si moche.
Trouvant légitime de s’amuser un peu après avoir satisfait à la tradition, il n’avait pas jugé utile de vérifier auparavant si le papillon était encore vivant. Il partait du principe qu’il l’était. Sinon, ce n’était pas amusant. La couleur doit bouger pour amuser l'oeil, se disait-il du haut de ses cinq ans.
Manifestation de bon goût du petit garçon, qui devait tout à l’improvisation.
Une loupe lui aurait appris qu’il ôtait la vie à une jeune femme ailée de deux centimètres, victime de l’envergure de ses ailes. L’enfant se serait ravisé, à tort, faisant démonstration de son jeune âge.
Plus grand, il comprendrait que les vies se valent, et qu’il y a quelque chose de magique à les éteindre toutes avec la même facilité. Qu’il s’agit d’une forme de respect.
La petite tâche orange se débâtit sur la table souillée d’expériences préliminaires;
elle percuta une autre tâche rose, puis une verte, qu’elle rejoignit bientôt dans leur immobilité.
Il ne semblait pas à Adrien que le cafard et la musaraigne se soient donné autant de mal pour être aussi gracieux.
Il se pencha pour admirer l’arc en ciel, puis, eu égard à sa beauté, lui consacra une petite place dans sa mémoire.