mercredi 15 décembre 2010

Présent.


Présent



_ Regarde comme elle danse bien ! Cet enchainement n’est pas le plus facile, crois-moi. Regarde ta maman, comme elle danse !

Maman est morte.

_ Je me souviens de ce jour-là, elle était incapable de parler, stressée qu’elle était…

Déjà morte.

_ Tu lui ressembles, vous avez la même grâce, le même élan, cette vidéo pourrait être la tienne, ma puce.
Ce sourire!

Ce masque.

_ …. Regarde, elle gagne la coupe ! Elle est si belle…

Je comprends maintenant.

_ Allez, il est l’heure d’aller dormir ! Nous regarderons la suite demain. Fais de beaux rêves ma chérie, et n’oublie pas qu’ils se réaliseront !

Je comprends à quoi servent toutes ces vidéos.

_ Comme ceux de ta mère…

Elles permettent de parler au présent.

vendredi 10 décembre 2010

La Sphinge



La Sphinge



_ Mon énigme est la suivante : Un homme est retrouvé mort dans son véhicule fermé de l’intérieur. D’une balle dans le dos, je précise.
Expliquez-moi ça.

_ C’est très simple, Madame le Sphynx…

_ Je suis un Sphinx.

_ Comment avez-vous su pour le y ?

_ Arrêtez de vouloir gagner du temps, s’il vous plait.

_ D’après moi, nous sommes en présence d’une mise en scène. Rares sont les parents qui ne décident pas un jour ou l’autre de terroriser leur progéniture, ou de vérifier son intelligence.
Dans ce cas de figure, notre homme fait d’une pierre deux coups, espérant très certainement entendre son petit garçon lui dire « Eh oh, les vitres relevées, là, me prend pas pour un idiot, hein. Et mes frites à midi, je les mange avec de la béarnaise? Sympa. »
Enfin je crois. N’est-ce pas ce que vous faites en ce moment avec moi ?

_ « Les vitres relevées », dites-vous?

_ Euh, oui.

_ Je n’ai pas le souvenir d’avoir dit ça.

_ Ca me paraît tomber sous le sens, il n’y aurait pas d’énigme sinon.

_ Etes-vous en train de m’apprendre ma fonction ?

_ Mais enfin non, je n’ai jamais …

_ Taisez-vous, pauvre cloche !

« Cette génération parle trop », jugea le vieux Sphinx nostalgique.
Puis il releva le menton, prit un temps de réflexion, et décida de dîner plus tard.

lundi 1 novembre 2010

Hybrides, avec Robi Pena.

Sidoine




« Voyons voir ».
Vérification faite, la biche respirait encore.
« Allons-y ».
La biche ne respirait plus.
Tandis que l’herbe recevait le sang, Sidoine ne put s’empêcher de se remémorer un article lu dans Sciences et Vie la semaine précédente.
D’après le très sérieux magazine, la couleur verte des blouses de chirurgiens aurait pour charge de diminuer l’impact visuel du sang projeté lors des opérations.
Un phénomène procédant du contraste des complémentaires, rien que ça.
Le même ayant pour résultat théorique de camoufler les boutons lorsque adapté aux cosmétiques pour adolescents.
« La science est quelque chose de fascinant ».
Puis, elle arracha son foie à la biche.

mercredi 6 octobre 2010

;)


Mme C.



Je retournerais bien dans la classe de Mme C, pour y entendre à nouveau mes quatre vérités. Elles étaient pas trop mal, les quatre vérités de Mme C. :

- « Tu possèdes un sens de l’analyse remarquable. »
- « Tu as tout compris. »
- « Tu as de très bonnes idées. »
- « Mais tu fous rien. »

Les deux premières vérités étant à la fois synonymiques et interdépendantes de la troisième, je me dis que Mme C. ne savait plus trop comment me témoigner son immense affection.
Ce qui explique dans une très large mesure le contenu de la quatrième, à mettre sur le compte d’un sentiment lucide de redondance.
Je pense que les personnes qui nous aiment nous le font savoir par paliers, le dernier étant souvent la somme contrariée des précédents.
Car évidemment, à trop attendre un retour, on finit aigri.
Il faut savoir qu’une personne géniale l’est pour son propre compte, et n’a pas à gratifier en permanence son entourage de son talent, fut-il utile* à un bulletin scolaire.
Et encore, je trouve que j’en ai fait pas mal. Certes, je n’ai jamais obtenu les félicitations, mais c’est un choix qui me revient. L’artiste vit dans l’ombre, dans la contradiction, et dans le mépris de la reconnaissance sociale, qu’il obtient malgré tout (les faits sont là, retournez lire mes trois premières vérités). Mais l’artiste est sensible, et quiconque ne s’en aperçoit pas se rend coupable d’un biais d’observation.
Madame C. était-elle une artiste ? Personne ne le sait, mais elle en possédait en tout cas la réceptivité. Sa passion insatisfaite pour ma personne lui ajoutait un petit côté «maudit» tout à fait à propos.
Quoi qu’il en soit, qu’elle crève. On ne rend pas à un élève une copie stipulant qu’elle méritait quatre points de plus juste parce qu'on est frustré.




* «Futile utile», tiens. Pas mal.

mardi 24 août 2010

Citadine, up !


Nuit blanche et idées noires



Je n’ai pas à me plaindre de mes nuits blanches. Au moins, je contrôle tout ce qui s’y passe.
Du pot de Spéculoos bientôt vide à mes envies de sauter du toit (sans conséquence directe), tout y est encadré et soumis à des règles strictes et conformes à ce que j’attends d’un moment de solitude.
Ainsi ai-je pu redécouvrir La Flûte enchantée de Mozart, que je n’imaginais pas si longue, ou apprendre dans la presse que le torse de Beigbeder sur la publicité des Galeries Lafayette n’était en fait pas le sien.
Autant de choses très déprimantes dont je m’accommode très bien.
La journée qui suit une nuit blanche, quoiqu’un peu difficile à aménager en raison de la fatigue, reste beaucoup plus facile à aborder que si elle succédait à un cauchemar, ou pire, à un joli rêve. Essayez donc de passer une bonne journée après vous être vue aimée, mince, et dégoulinante du bonheur qui vous a quittée il y a quelques années déjà.
La bonne gestion du réveil faisant suite à un joli rêve ne relève plus du pot de Spéculoos, non plus que des phrases encourageantes de votre entourage, dont le champ d’action se limite à vous déprimer davantage (pourquoi pas, après tout).
Théoricienne de l’éducation parfaite, ma mère ne m’a pourtant jamais préparée à ça.
L'effondrement émotionnel qu’engendre une telle expérience aurait justifié je crois ne serait-ce qu’une petite phrase prosaïque de sa part, du style, je ne sais pas : « C’est rien, c’est juste un beau rêve, rendors toi ma chérie ».
Et pourtant, dieu sait qu’elle met tout son cœur à ne pas me maintenir dans l’illusion en temps normal.
Aujourd’hui encore, il lui arrive de me rappeler que les personnages de films ne meurent pas pour de vrai (notamment King Kong, qui aurait bien du mal à mourir, compte tenu de son existence purement numérique), et qu’en conséquence, il est inutile d’être si émotive -non mais de quoi je me mêle.
J’aimerais rappeler que King Kong (la dernière version, donc) reste à ce jour le film le mieux fichu. Je ne l’ai pas inventé : on peut voir les poils qui sortent du nez de King Kong en zoomant (et peut-être aussi ceux d’Adrien Brody, j’irai vérifier).
Je ne vois donc rien d’anormal à ma réaction de l’époque, n’importe qui se serait fait avoir.
Je vous quitte sur ces digressions, il se fait tard et j’ai une nuit blanche à préparer.

lundi 5 juillet 2010

Les femmes qui m'ont aimé.

Leur corps



Cathy, après avoir claqué la porte de l’enfance un peu tôt, poussa celle de mon appartement à l’heure précise où elle y était attendue.
La ponctualité est un facteur de plaisir qu’il me plait de compter parmi mes invités.
Parfaite, déjà pourpre dans cette robe de femme qui ne dupait personne, elle m’adressa un sourire mal assuré, que je tins immédiatement pour un retour de politesse. L’invitation rendue.
Conformément à l’annonce qui nous avait réunis ce soir là, je pris quelques clichés de son corps insignifiant, avec un certain talent qui ne serait utile à la carrière de personne, et proposai un verre de Saumur un peu frais.
Les préliminaires ont ceci de magique qu’ils ne déçoivent pas. Ils me fournissent toute information nécessaire, ou, de manière plus restrictive, un cumul d’indices émotionnels dont tirer parti au bon moment. Une fois le book chimérique achevé, Cathy voulut déboucher une seconde bouteille.
Je tirai de ma poche un opinel un peu usé et le dirigeai vers elle avec l’intention formulée de l’aider dans cette manœuvre, puis guettai l’effet perlocutoire.
Magnifique; jamais gibier si jeune ne pressentit si vite la menace du fusil. Se dégageant brusquement de son rôle, l’adolescente renversa le contenu de la bouteille sur le sol, flaque de sang un peu prématurée qui précipita les événements concordants.
Soumise, palpitante et chaude, Cathy devint bientôt venaison tiède, puis porcelaine froide, faisant enfin démonstration du formidable potentiel de son anatomie.
Car telle était sa vocation en entrant chez moi.

dimanche 6 juin 2010

Citadine, Up !

Gourmandise arrogante



Je trouve très peu fondée l’assertion selon laquelle la vie serait une boite de chocolat (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »).
Forrest Gump est un film très bien, mais tout mon amour ne suffira pas à cautionner cette phrase stupide.
Si tous les imbéciles que j’ai croisés, et aimés, avaient eu écrit sur leur dos « Sombre crétin infidèle tout dur sous son enrobage d’intelligence feinte et d’éclats de beauté, je n’en serais pas là. Je pourrais même me glorifier de ma propre étiquette, que j’imagine ainsi rédigée : Accorte demoiselle tout en discrétion, accompagnée de son cœur de lionne, et de ses morceaux de foucade.
L’intégrité de mon étiquette ne serait pas sujette à caution.
Une boite de chocolat ne ment jamais, et dans ce sens, il est difficile d’imaginer qu’elle puisse décevoir.
Exhortons les gens à ne pas gober tout ce qu’on leur dit dans les films, sous prétexte que ça sonne bien, que ça fait pleurer, et que c’est Tom Hanks qui le dit.
Au pire, si vous vous trompez de chocolat, vous pouvez le recracher, et ne plus jamais évoquer l’incident auprès de vos amis témoins, emportant avec vous la honte pour seul désagrément punitif. Aucun cas de chocolat récalcitrant, refusant de sortir de la bouche ou composant votre numéro de téléphone à deux heures du matin n’a jamais été répertorié.
C’est pourquoi je défends fermement l’intégrité des boites de chocolats. Une seule fois, je me suis fourvoyée avec une boite pas très franche, aux déclarations un peu énigmatiques et enlevées, qui tournaient je crois autour du principe racoleur que voici : « Chocolats assortis ».
Et je l'ai dévorée en cachette, pour que personne n’assiste à ce spectacle dégradant.
La vie n’est pas une boite de chocolat.
Tout au plus est-elle un pot de confiture maison, avec un taux de sucre pas très bien défini, et dans lequel on peut trouver des fourmis, si par chance le fruit est clair.
J’ai l’audace actuellement d’être assez amoureuse pour en prendre le risque.
Je vous tiens au courant.

vendredi 4 juin 2010


Les couleurs du papillon.




Adrien baigna le papillon dans un pot de peinture orange vif, qui avait concouru quelques heures plus tôt à rendre son cadeau de fête des mères si moche.
Trouvant légitime de s’amuser un peu après avoir satisfait à la tradition, il n’avait pas jugé utile de vérifier auparavant si le papillon était encore vivant. Il partait du principe qu’il l’était. Sinon, ce n’était pas amusant. La couleur doit bouger pour amuser l'oeil, se disait-il du haut de ses cinq ans.
Manifestation de bon goût du petit garçon, qui devait tout à l’improvisation.
Une loupe lui aurait appris qu’il ôtait la vie à une jeune femme ailée de deux centimètres, victime de l’envergure de ses ailes. L’enfant se serait ravisé, à tort, faisant démonstration de son jeune âge.
Plus grand, il comprendrait que les vies se valent, et qu’il y a quelque chose de magique à les éteindre toutes avec la même facilité. Qu’il s’agit d’une forme de respect.
La petite tâche orange se débâtit sur la table souillée d’expériences préliminaires;
elle percuta une autre tâche rose, puis une verte, qu’elle rejoignit bientôt dans leur immobilité.
Il ne semblait pas à Adrien que le cafard et la musaraigne se soient donné autant de mal pour être aussi gracieux.
Il se pencha pour admirer l’arc en ciel, puis, eu égard à sa beauté, lui consacra une petite place dans sa mémoire.

vendredi 14 mai 2010

Nouveau texte pour le projet avec Ood Serrière :)

Porter un slim et mourir.



S’il doit y avoir une photo sur ma tombe, je veux qu’elle soit prise aujourd’hui.
Afin que soit dit au monde, au cas où je n’aurais pas eu le temps de m’en entretenir directement avec lui, que je portais très bien le look Kate Moss, et que j’avais amélioré son concept en y apportant de la poitrine (oh trahison).
Je ne sais pas s’il est possible de choisir sa place dans un cimetière, mais j’ai désormais les moyens de soudoyer le fossoyeur, et je n’ai pas de temps à perdre.
Chaque jour qui passe est la menace renouvelée que je me fasse renverser par un bus, et que mes parents choisissent le pire cliché de moi pour terminer le travail.
Ils hésiteront probablement entre « Edwige et son double menton, Noël 2008 » et « Edwige dans son pyjama trop grand, quoique confortable, pâques 2003 ». Je serai alors morte pour rien, et resterai à jamais maintenue dans un mauvais jour perpétuel. Je crois que ce sont les photos mises sur notre tombe qui déterminent notre destination finale.
C’est bien la peine de faire des enfants, si c’est pour les envoyer en enfer avec un pyjama épais.
Moi, je propose un slim bleu-crème usé, un marcel noir sans forme, long, large et décolleté, des talons aiguilles, et des lunettes de soleil larges.
Éventuellement un peu de coke. Il parait que ça anesthésie, quand on se fait renverser par un bus.
Peut-être alors qu’un jour, le prince charmant passera devant ma tombe et se dira « Oh non… Je t’ai cherchée toute ma vie… Mais je t’ai rencontrée trop tard… Que vais-je faire maintenant ? ».
Et ce sera bien fait pour lui.

vendredi 7 mai 2010



Tara


Attestant de son amour pour les choses non conventionnelles, l’engouement de Târâ pour les casse-têtes était aussi le seul comportement qui la distinguait encore de son appartenance au clan des chats sauvages d’Asie du sud est, sans s’en constituer le déshonneur.
Il fallait être patient, pour venir à bout d’un Rubiks cube (et plus encore s’il s’agissait d’un modèle 4x4 livré sans notice).
Aussi Târâ y perdait-elle beaucoup du temps qui servait aux autres chats à se nourrir.
En Thaïlande, trente huit espèces de rongeurs se relayaient jour et nuit pour éveiller son instinct de prédation, et trouvaient très injurieux le peu d’intérêt qui se manifestait dans les grognements agacés du demi-félin concentré. Beauté maigrissante, Târâ offrait en pâture le triste tableau de l’intelligence assise, et l’on dut finalement retirer ses jouets au chat.
Mais il était trop tard, le joli corps, d’une trop longue immobilité s’était changé en pierre.
C’est ainsi que Târâ put connaitre, à titre posthume, son heure de gloire, quand elle se fut vendue une fortune à un amateur un peu candide, et très heureux de posséder enfin une statue authentique de Bastet dans son jardin.

lundi 29 mars 2010

Ce bon vieux Boccioni illustrera mon nouveau texte.

L'homme qui marche





L’individu marchait, qui perdait tout son sang.
Se parlant à lui même et ne sachant pas où aller, il portait sur le visage cette chose étrange, et que personne ne s’expliquait très bien étant donné sa situation : l’opiniâtreté.
Une belle et franche opiniâtreté au palais persistant, à la robe profonde, et aux accents de cassis.
Un peu comme si personne ne lui avait perforé le cœur.
Un peu comme si quelque chose de grand au bout de la piste aléatoire allait le guérir, au lieu de le blesser davantage.
Tout à coup, et devant l’assistance médusée, le sujet s’empara d’un souvenir heureux et l’infligea à sa mémoire sans broncher.
« Ooooooh »
« Aaaaaaaaah »,
Ponctua l’assistance, qui visiblement souffrait plus que l’individu lui-même.
Artisan de son propre sort, et minutieux avec ça, il se concentra de toutes ses forces sur ce qui lui faisait mal, de telle sorte que les larmes puissent au moins relever le défi de la tragédie grecque pour laquelle le voyeurisme avait payé.
Mais rien ne vint. Force était de constater que l’individu n’aurait pas les oreilles coupées ce jour là.
L’assistance éprouva alors à son endroit une sorte de dégout, qui n’était déjà plus d’actualité lorsqu’elle se fut éparpillée dans le dehors en des milliers de petits êtres insignifiants et sans couleur.
Ce ne fut qu’à ce moment là, pris par le silence et par la douce solitude, que l’homme rouge consentit à cesser de marcher.

dimanche 28 mars 2010

Nouvelle Hybride !

Finfarine


Finfarine fut frappée de maladresse le jour où sa mère lui apprit qu’elle était maladroite.
Depuis, la malédiction amusait et consternait son entourage d’un même élan, quand elle ne le contaminait pas. Finfarine était capable, par maladresse, de beaucoup de choses, et il n’était pas rare qu’un certain talent s’échappe d’elle, tout à fait par fortune.
Le talent était la seule chose dont Finfarine n’avait pas à s’excuser. Il reposait son quotidien, lui assurait une crédibilité, mais décourageait la compréhension de tous. Peu à peu, et par nécessité intellectuelle, il parut évident que la maladresse s’inscrivait en fait dans cet art, et les choses s’inversèrent petit à petit, comme elles le font toujours en étant livrée au jugement.
Avant même de comprendre ce qui lui arrivait, Finfarine fut proclamée première Femme panthère performeuse. Et les proies qu’elle était incapable de chasser lui furent offertes sur un plateau d’argent. Finfarine constata que ces dernières riaient beaucoup moins qu’avant. Peut-être n’étaient-elles pas sensibles à l’art ?
Et vous pouvez vous gratter pour avoir l'illu, j'aimerais bien avoir des commentaires sur mes textes pour une fois :).

mardi 23 mars 2010

Le boulot d'un correcteur est de changer une phrase correcte pour la rendre incorrecte, sous le nom de l'auteur . Le saviez vous?

Voilà, vous étonnez pas si y a des trucs qui vous semblent inadéquats dans le bouquin.
Manifestement, je n'ai pas vu toutes les conneries qu'on y a apportées avant impression.

mercredi 10 mars 2010

Extrait de mon nouvel album "Hybride", avec Robi Pena au dessin :).



Misty



Avant de chasser une souris pour lui briser la nuque, Misty prenait quelques précautions utiles.
Elle tenait en particulier à ne pas avoir l’air ridicule et abandonnait pour cela son apparence humaine, sous laquelle son activité eut été assez mal vue. Les sens ainsi aiguisés, le jeu était simplifié, l’allure souple, et le plaisir se maintenait à un niveau stable, sans surprise. Il arrivait qu’un rongeur, qu’elle soupçonnait être toujours le même, plus malin que les autres, lui compliqua la tâche, et la tira de sa routine. Reconnaissante, elle graciait le petit animal parvenu finalement à bout de souffle et de ruses, espérant que les rôles soient un jour inversés.
Puis, reprenant sa forme initiale, elle retournait à d’autres activités plus humaines.
Chasser les hommes, et briser les cœurs.

mercredi 17 février 2010

Carré blanc sur fond blanc






Ayant démaquillé le corps sans vie, je me penchai pour apposer mes propres peintures, celles qui devaient plus tard lui valoir cette foule de compliments intellectuels, avec beaucoup de mots que je ne comprendrais pas moi-même.
J’ai pensé que c’était le destin d’une œuvre, être interprétée salement, de tous les côtés, et sans que soit prise en compte la démarche de son propre auteur.
Je le savais, mais je l’ai fait. Je leur ai livré ma toile, toujours vierge après tout ce labeur, pour qu’ils l’encensent ou l’insultent, qu’ils la recouvrent à leur propre manière. J’ai posé le corps rouge et violet au milieu du cirque prune et bordeaux. Je n’aurais pas pensé qu’il soit découvert si vite, ton sur ton, au milieu cette beauté vide à laquelle il était rendu.
Aujourd’hui encore j’essaie de discerner les contours de mon travail, ce qui, à un certain moment, l’a détaché du fond, lui a offert un support, une existence propre, un intérêt, des spectateurs et un statut, quand un SDF n’en a pas.
Je veux dire, avant le contour à la craie blanche qu’ont dessiné les policiers peu adroits, bien sur. Il est certain qu’après ça, l’œuvre était fixée et offrait peu de latitude quant à son interprétation.
Ils ont donné un contour à un morceau d’asphalte, et tout le monde le regarde avec intérêt, comme l’empreinte blanche d’un ours blanc dans la neige blanche. Il y aurait beaucoup de choses à en dire.
Il est regrettable que je ne puisse pas les prononcer demain dans mon discours d’adieu à ma mère.

vendredi 8 janvier 2010

L’irrésistible Nez de la fille d’à côté





Parmi les choses absurdes de la vie, préside l’attirance. Cette drôle de chose que l’on tente d’expliquer comme on peut, avec des lieux communs un peu dramatiques, tels que « Je n’allais pas très bien quand je l’ai rencontrée ».
Un peu comme si le mal-être, ou mieux encore, le coup de foudre, intervenaient comme conducteur chimique entre les yeux du regardant, et la poitrine du regardé, de sorte que l’information, inaccessible au cerveau en temps normal, lui parvienne dans les plus brefs délais et dans d’excellentes conditions (Vous noterez la précision des commentaires qui suivent un tel phénomène : « Eh, t’as vu, elle a ce qu’il faut où il faut, celle là »).
L’amour, l’attirance, c’est beau. Surtout quand les raisons en sont aussi sérieuses. Alors je ne dirai rien qui puisse contrarier toutes ces personnes vivant dans la magie, la grâce, la foudre, l’harmonie ou la déprime, ils en ont parfaitement le droit.
C’est très dangereux de remettre en question quelque chose d’intouchable, essayez un peu.
Moi-même, je ne vais pas très bien en ce moment, et je remarque des choses autour de moi, des choses complètement surréalistes que je n’imaginais pas d’ordinaire, comme par exemple l’irrésistible Nez de la fille d’à côté.
Je ne dirai rien à propos de la personne qui porte ce Nez, ce serait trop gênant. Mais sa simple vue provoque chez moi un engourdissement cérébral pouvant aller très loin, jusqu’à l’oubli consécutif de mes mauvaises manières et d’un mépris pour les choses parfaites dont je me revendique depuis toujours. Je regarde ce nez avec insistance, j’ai l’impression qu’il me cherche, impudiquement droit et fier, quoiqu’un peu rouge. Je lui propose mon aide, je lui souris bêtement, et parfois, mon regard balaie le joli visage un peu dur qui l’entoure. Je m’étais imposé un périmètre de sureté prenant fin aux épaules, impliquant que je remarque tout de même ses cheveux cassants, pour plus d’objectivité. Mais était-ce bien utile ?
J’ai décidé tout récemment que ce n’était pas possible entre le Nez et moi. Pas seulement parce que j’ai déjà un Nez, et que je lui suis fidèle (il est très beau), mais aussi parce que j’aspire à un retour vers une vie normale. La galanterie active, tout ça, c’est pas mon truc. Je trouve ce renversement des rôles très perturbant.

Toute ressemblance avec un nez existant, même totalement fantasmée de votre part, est invitée à être signalée.
On peut s’arranger*.






*Envoyez vos CV et lettre de motivation à couleurs_tolerables@hotmail.fr